07-vehicule.pngSuite à la lettre ouverte relayée sur ce blog, il convient d'exposer pourquoi le Personal Rapid Transit (PRT) me semble être une proposition intéressante pour le territoire. Dunkerque est une agglomération pensée pour la voiture. L'urbaniste Joan Busquets a d'ores et déjà dressé le même constat et proposé des solutions pour limiter son importance. Écouté, ses recommandations sont aujourd'hui suivies comme en témoigne l'actuel plan de mobilité. Il convient cependant d'aller encore plus loin en offrant une véritable alternative à la voiture.

Vouloir limiter la prépondérance de la voiture à Dunkerque n'a pas pour seul objectif la protection de l'environnement, pourtant déjà en soi nécessaire. Il s'agit aussi de protéger la santé des habitants. L'espérance de vie à Dunkerque est inférieure au niveau national. Limiter la voiture ne résoudra pas tous les problèmes sanitaires de la région. Mais offrir un cadre de vie plus sain est un premier pas pour répondre à cette problématique.
La voiture représente également un coût considérable pour les habitants. Le prix du pétrole augmente. À la crise écologique existante autour de la question des énergies fossiles s'ajoute une crise économique : la demande mondiale en pétrole augmente alors que l'offre diminue, entraînant de facto une argumentation du prix. Comment se déplacer lorsque l'essence coûtera plus de 2€/L ? Penser une alternative à la voiture revient à proposer sur du long terme des gains de pouvoir d'achat pour les habitants qui, bénéficiant de moyens de déplacements alternatifs efficaces, pourraient la délaisser.
Dunkerque doit se développer, l'agglomération doit s'agrandir, s'unifier. Le réseau de transport à mettre en place se doit de symboliser cette nécessité, d'expliciter un vivre-ensemble, de nouvelles frontières à la ville.

Plusieurs solutions de transport existent : bus, tramway, téléphérique, métro, ... Un autre mode de déplacement me semble toutefois à privilégier : le PRT.
Le PRT est un moyen de transport automatique collectif léger permettant de se déplacer à la demande, sans arrêt intermédiaire dans de petits véhicules indépendants et sur une voie dévolue à ce moyen de transport. Concrètement, le ou les utilisateurs montent dans un véhiculent, enregistrent leur destination et y sont conduits directement, sans arrêt.

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Ce système permet de réduire de 70% la consommation énergétique par rapport à une voiture. Les nuisances sonores sont, elles aussi, minimisées : un PRT roulant à 36km/h ne produit que 45dBA là où une voiture en produit 65.

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Consommation d'énergie par passager par kilomètre (en MJ, avec 1MJ = 0,28kWh)


Les avantages proposés aux utilisateurs sont également nombreux. D'une grande accessibilité aux personnes âgées et à mobilité réduite, l'absence d'arrêts intermédiaires (contrairement au bus et au tramway), la faible attente avant de monter dans un véhicule (90% des utilisateurs attendent moins d'une minute, 95% moins de trois minutes) et la vitesse constante permettent de réduire les temps de trajet. Entièrement automatisé, le système peut fonctionner 24h/24, 7 jours sur 7. Il serait couplé à des parkings silos hors du centre-ville, poursuivant la volonté de l'équipe municipale actuelle, et à un nouveau maillage des bus. L'usager doit rapidement pouvoir délaisser sa voiture sans y perdre en temps et confort de transport. Les bus ne seraient évidemment pas abandonnés mais redéployés pour compléter le réseau de PRT.
Développer un réseau de PRT n'a pas pour objectif de ne faire que du "transport", de chercher à aller toujours plus vite. L'intérêt est également de développer un pôle d'excellence, axé sur les automatismes de locomotion et le développement de l'énergie solaire ainsi que son stockage, qui se prolongerait dans l'enseignement. De la même façon que Arques à son école d'ingénieur verrier, Valencienes ses écoles d'infographies, Dunkerque aurait ses écoles d'automatismes associés à la locomotion, à la gestion de l'énergie renouvelable. Le PRT peut fonctionner en partie grâce à l'énergie solaire. Les travaux à ce sujet pourraient être repris et adapter à l'éclairage public, au parking, ... C'est ainsi l'occasion de réfléchir en une véritable "croissance verte". Faut-il rappeler que Dunkerque pilote déjà un pôle d'excellence consacré aux énergies (Pôle Energie 2020) ?
Se positionner comme la région pionnière dans le développement de ce mode de transport automatique permettrait à la ville de s'affirmer sur le plan national et international. Il s'agit de réussir à créer une dynamique pour à terme revendre le système et l'expérience accumulée ailleurs, faire venir des investisseurs et des employés qualifiés.
Le design des véhicules permet de limiter la pollution visuelle qui pourrait être redoutée, de même qu'une réflexion sur de possibles poteaux pour des secteurs aériens. Mais les câbles traversant des rues pour alimenter le tramway sont-ils plus beaux ? Certes il est possible de réaliser des tronçons sans eux, mais cela alourdit la facture. L'aspect esthétique du PRT sur un tronçon aérien peut facilement être résolu en pensant des poteaux beaux, en les végétalisant au maximum, en compensant par moins de bitume au sol, la disparition de certains panneaux ou feux de circulation... Chercher l'harmonie avec la ville pourrait également pousser à rechercher de nouveau matériaux pour imaginer, pourquoi pas, des poteaux aussi solides que du béton mais transparents comme du plexiglasse. Autant que possible, il convient cependant de chercher à implanter directement le PRT au sol pour créer de nouvelles voies vertes et limiter les constructions en hauteur.
Si l'argument de la modernité est rarement le plus pertinent, ce système contribuerait néanmoins indéniablement à donner à Dunkerque l'image d'une ville moderne, tournée vers l'avenir, vers des solutions nécessitant de l'innovation. Le PRT n'est actuellement opérationnel qu'à l'université de Morgantown et à l'Heathrow Airport de Londres et est étudié pour être implanté dans quelques villes, notamment en Inde. L'occasion est donnée à Dunkerque de passer, dans l'imaginaire collectif, de l'ancienne ville industrielle du nord de la France à une ville embrassant pleinement le futur, les nouvelles technologies, les obligations environnementales, les visions sur du long terme et de véritables perspectives de développement urbain. Il s'agit donc également d'un investissement dont les retombées pourraient être touristiques.

10-station.pngQue relierait cet Ultra PRT ? À terme, il se devra de communiquer avec le tramway belge, en proposant des stations à proximité immédiate de certains arrêts de ce dernier. Il devra également s'arrêter dans plusieurs des communes entourant Dunkerque, dans différents lieux de vie de la CUD tel que le Fort Louis ou le PLUS. In fine, il se devra d'incarner et unifier le territoire. Pour penser à l'échelle de la commune actuelle, outre chaque quartier, certains lieux clefs pourraient être desservis : le Kursaal, le Pôle Marine, la gare SNCF, le centre-ville, le théâtre, la future Arena (peut-être est-ce là une solution moins chère que l'idée de créer une mini-gare ferroviaire, en reliant donc l'Arena par PRT à la gare de Dunkerque, rapprochant ainsi qui plus est la Grande Salle, excentrée, des autres lieux de la ville), la plage, les 4 écluses ou encore le zoo ... Il s'agirait donc de repenser la ville, la circulation, la configuration des rues pour permettre à ce mode de transport de venir remplacer la voiture en centre-ville. Cette dernière pourrait être soit garée dans des parkings silos extérieurs au centre-ville, soit utilisée dans de nouveaux tracés. Le PRT vise aussi à aménager la ville différemment, à apaiser la ville en en sortant la voiture, à contribuer à y développer de la verdure. Le cadre de vie serait ainsi amélioré, donnant l'envie de venir à Dunkerque, de s'y promener, d'y consommer et contribuant ainsi à faire vivre les commerces de centre-villes.
Contrairement au tramway ou au bus, le PRT est une solution plus "individualiste". Ce point se doit d'être compensé. Un transport ne se résume pas à son réseau. Les gares, les stations sont également des éléments déterminants et ne doivent pas se résumer à des espaces de passage. Elles doivent également devenir des espaces de vie, accueillir des œuvres artistiques, offrir l'occasion de croiser des individus autour d'activités. Les stations pourront accueillir des parkings à vélo pour les citoyens souhaitant s'y rendre par ce moyen de transport : le vélo en libre-service doit arriver sur Dunkerque, des opportunités se dessinent ici. Des bus y passeront régulièrement pour assurer un maillage complet du territoire.

Un réseau de PRT a la capacité d'une voie d'autoroute (1800 véhicules par heure), mais cette proposition se présente surtout comme une solution d'avenir permettant de faire bien plus que du transport.
Enfin, le coût du projet reste réaliste. Selon les configurations retenues, un kilomètre de PRT coûte entre 3 et 13 millions d'euros (guidage à sens unique : de 3 000 000€/km à 6 500 000€/km ; guidage bi-directionnel : de 6 000 000€/km à 13 000 000€/km). Ce coût inclut les véhicules, le guidage, les stations et le système de contrôle. En outre, le PRT présente l'avantage de coûter bien moins cher à l'utilisation et à l'entretien par la suite que d'autres modes de transport.

Si le tramway, et dans une moindre mesure le bus à haut niveau de service, peuvent contribuer à modifier une ville, à la rendre plus verte, à l'unifier, le PRT propose exactement la même chose mais en fournissant une meilleure prestation pour l'habitant et en assurant une desserte optimale des endroits où il s'arrête. Plus besoin d'ajuster les horaires selon le taux de remplissage des bus (C. Hohweyer, "200 000 km de moins pour DK Bus", Le Phare Dunkerquois, 26/12/2012) : aucun PRT ne circule inutilement . La CUD veut développer les déplacements à la demande ? C'est le principe même du PRT. Le PRT répond également aux impératifs écologiques. Mais surtout, le PRT apporte avec lui tout une composante économique et R&D. Des liens avec l'université peuvent être envisagés pour améliorer le système. Se placer comme une ville pionnière en Europe à utiliser ce système pourrait contribuer à y implanter un site de production, d'autant plus que la région se veut exemplaire sur la question du déplacement notamment (pourquoi ne pas envisager une extension du domaine de i-Trans, pôle d'excellence régional sur le ferroviaire ?). La région veut se lancer dans la croissance verte et être écologiquement exemplaire ? Le PRT répond à ces objectifs. La région veut être touristique ? Un PRT, combiné à d'autres infrastructures de loisirs et culturelles peut contribuer à développer ce secteur. Un tramway améliore la qualité d'une ville, mais fait-il se déplacer des curieux venus l'essayer ? Sans dire que le PRT sera la nouvelle Tour Eiffel, imaginer son potentiel attractif ne relève pas de l'irréel.

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Relire la lettre ouverte envoyée à M. Delebarre, Mme. Ducellier, M. Lenain, M. Notebaert, M. Ringot, M. Yana