municipales-2014-slide1-1024x494-537x259.jpgAprès plusieurs mois de débats, le nouveau maire de Dunkerque, Patrice Vergriete, a donc enterré le projet Arena. Ce projet n'était pas sans poser question et j'aurai plutôt tendance à saluer cette décision. Pour autant, il semble important de revenir sur plusieurs points.

La campagne municipale dunkerquoise que nous avons connue fut plutôt attristante, d'un côté comme de l'autre. L'un a accusé l'autre de cumulard à tendance despotique, l'autre a dénoncé le "traître" : les véritables arguments concernant l'avenir de Dunkerque n'ont pas été nombreux. Oh, certes des idées ont été émises, mais point de vision, de véritable stratégie destinée à préparer Dunkerque aux prochaines années.
Aussi peu modeste que cela puisse paraître, j'estime avoir essayé de proposer cette vision aux côtés de Martine Beuraert, Pierre Langlet, Pierre Yana et Marie-Colette Yana-Pladys. Cette vision, nous avons tenté de la promouvoir à travers diverses conférences et en publiant quelques bonnes feuilles de ce qui deviendra notre diagnostic sur Dunkerque.
Nous avons exposé notre stratégie à long terme et nos propositions auprès de divers partis et personnalités politiques dont Patrice Vergriete et Michel Delebarre. Après nos entretiens, il nous est apparu qu'il serait plus facile de travailler avec et dans l'équipe de Michel Delebarre. Pierre Yana et Patricia Angot ont ainsi rejoint sa liste.
Si j'ai trouvé Patrice Vergriete fondamentalement sympathique lors de nos rencontres, il m'est apparu que, premièrement, sa stratégie consistant à faire de l'Arena l'alpha et l'omega de la politique de l'ancienne municipalité et de la campagne était caricaturale et exagérée et, deuxièmement, que son projet ne saurait préparer Dunkerque à son futur.
Du côté de l'équipe de Michel Delebarre, certes je ne partageais pas toutes leurs analyses, certes je considérais qu'ils n'avaient pas impulsé toutes les transformations nécessaires pour Dunkerque mais, à mes yeux, ils avaient su faire preuve d'une certaine lucidité sur la situation (de la ville, et non politique...) et sur les choix à venir. Peut-être ne s'agissait-il que d'un discours, mais je juge sur les faits et non les suppositions. J'ai donc apporté "mon vote" à l'idée de partir avec Michel Delebarre, sans me faire d'illusion sur ce qui nous attendrait : il allait falloir lutter pour imposer nos idées, mais l'équipe me semblait plus réceptive à notre discours et les opportunités de travailler plus réelles.

La suite de l'histoire est connue : Patrice Vergriete a remporté largement les élections. Cela s'explique peut-être par quelques grossières erreurs durant la campagne de la part du candidat socialiste (dont un tract particulièrement agressif diffusé entre les deux tours...). J'espère que la nouvelle équipe contribuera au développement de Dunkerque, même si je ne partage pas certaines orientations, et que je ne peux m'empêcher de douter très fortement de l'opportunité de certaines décisions.

arena-dunkerque-e1341577111529.jpgQuel rapport avec l'Arena ? Cette question a empoisonné la campagne. Je n'étais certainement ni un défenseur de l'Arena ni du projet du Grand Nord. Mais l'ériger en question centrale de la campagne a occulté les véritables enjeux qui attendent la ville pour les années à venir. Il y a quelques jours, nous avons appris que l'Arena ne se fera pas. Tant de bruit pour cela, tant de débats pour une question réglée en un mois. Je ne dis pas que la décision est mauvaise, je dis juste qu'elle a été réglée rapidement : le dossier n'était pas si épineux et, malheureusement, a dissimulé les véritables enjeux. Maintenant que la question est tranchée, peut-être arrivons-nous à la vraie fin de la campagne municipale et au véritable début du mandat de Patrice Vergriete. Les vraies questions vont se poser maintenant : que faire de Dunkerque dans les années qui viennent ?

Les idées prônées par le nouveau maire sont loin d'être toutes mauvaises mais souffrent selon moi d'une absence de vision : des propositions sont incontestablement formulées, mais quelle est la stratégie de long terme ? Mon constat reste le même : il est absolument nécessaire de penser et construire l'agglomération dunkerquoise. Dunkerque doit, peut-être pour la première fois de son histoire, se penser sans l'Etat. Le bus gratuit ou la baisse des impôts ne répondront pas à ces enjeux. Certaines propositions sont intéressantes mais s'apparentent trop à des "one shot" plutôt qu'à des rouages d'une stratégie globale. La seule vision qui semble actée est celle du rapprochement avec l'agglomération lilloise. Or cette approche risque de n'avoir qu'une conséquence : affaiblir Dunkerque, la transformer en banlieue de Lille. Si l'idée est de profiter de la dynamique lilloise, ce qui risque surtout d'arriver est une "vampirisation" de Dunkerque par la capitale des Flandres. La stratégie économique de la nouvelle équipe me semble bien trop hasardeuse. Or des alternatives existent :

  • créer une métropole (ou pôle métropolitain, peu importe le terme pour le moment). Il s'agit d'unifier l'agglomération dunkerquoise, de constituer un espace clairement identifiable, à la gouvernance simplifiée, visible et lisible. L'un des objectifs prioritaires des années à venir est de parvenir à unir dans une même ville plusieurs communes environnantes pour réussir à développer une agglomération suffisamment importante en terme d'habitants, de richesse, de superficie, pour à nouveau pouvoir attirer les entreprises et créer des emplois, pour redynamiser le littoral, pouvoir envisager des projets plus ambitieux, plus cohérent, touchant plus de citoyens. La dynamique institutionnelle actuelle va donner de plus en plus d'importance à ce type d'organisation. Plutôt que de subir l'évolution, il convient de l'anticiper. Concrètement, il me semblerait des plus intéressant de penser un nouveau Dunkerque sur le modèle de Paris, Lyon ou encore Marseille, à savoir une grande ville composée de plusieurs arrondissements.
  • repenser l'accompagnement des entrepreneurs et artistes pour faire entrer Dunkerque dans un processus de diversification et tertiarisation de son activité.
  • mener des grands projets ambitieux à l'échelle de l'agglomération, à l'image du PRT par exemple.

De même, la rénovation du centre-ville ne doit pas se limiter à des rues couvertes. Il s'agit là encore de penser enfin un véritable cœur à une future agglomération importante. Il faut requestionner la vie à Dunkerque, envisager de nouvelles zones de vie urbaine : je défendais la création d'un parc inspiré de Superkilen à la place du boulevard Alexandre III et une évolution de la place Jean-Bart pour qu'elle devienne une véritable place. Il faut faire preuve d'innovation et définir un cap. A l'heure actuelle, c'est ce que je n'arrive pas à identifier et c'est ce qui me rend sceptique quant à l'évolution à venir de la ville.